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Dans le studio de Sandra Mahut

Rembobinez s’il vous plaît. Octobre, septembre, août, juillet, juin. Stop ! Quand nous rencontrons Sandra Mahut en ce beau mois de juin, la réalité nous rappelle deux choses. Primo, qu’être enceinte ce n’est pas qu’un mot qui commence par un E et finit par un faire-part. Secundo, que nous avons peut-être été un peu pressants avec Sandra…

Bref, là, dans la chaleur de l’après-midi, devant l’atelier d’une styliste culinaire souriante, enceinte de 7 mois et fatiguée, nous nous découvrons un peu gênés de nous être glissés dans son agenda surchargé. «Il ne faut pas». Sandra est de la trempe des battantes, option «j’en ai vu d’autres, les cocos». La veille, elle est partie avec tout son barda shooter des plats chez Alain Passard.
– Et ça allait ? Pas trop fatiguée… le ventre, tout ça ?
– Non, non.
Pas plus inquiète que ça, Sandra.
– Allez, entrez !

Sa carrière de photographe culinaire est à l’image de son tempérament. Sandra a démarré dans le milieu du stylisme, comme ça, naturellement, en évacuant toutes les questions superflues qui peuvent entraver la spontanéité. Dans une autre vie, elle travaillait dans la production télé. Canal +. Un milieu de mecs. «Je gagnais bien ma vie, mais à 30 ans je voulais autre chose». Hop, virage à 180 degrés, direction autre part, autre chose, autrement. Et ça, forcément, on aime.

Plaquant sa vie d’avant, Sandra doit reprendre des petits boulots. Objectif : devenir styliste culinaire. «Je m’en fichais d’être serveuse, de recommencer de zéro». Tant pis pour le confort matériel. L’essentiel, à ce moment-là, est de se donner du temps et des moyens pour dessiner sa nouvelle voie professionnelle.

Tandis que Sandra évoque ce qui n’est rien moins, à l’échelle de l’individu, qu’un épisode révolutionnaire (sauter du train-train quotidien en marche), nous repensons aux Parisiens que nous rencontrons et qui se trouvent eux aussi au croisement d’une nouvelle vie, ou en pleine ascension. Les règles du jeu changent lentement. Reprendre son existence en main, faire fi des risques, des critiques frileuses, suivre une forme d’instinct de (sur)vie. La prochaine grande mutation sociale se cache peut-être là : allez voir derrière les murs du bureau si on n’y serait pas mieux. Sandra, elle, s’est plutôt bien trouvée.

Sandra se fait rapidement un nom dans l’univers du stylisme culinaire. Mais après quelques années, vient l’envie de maîtriser la photo. «C’était frustrant pour moi de ne pas pouvoir tout faire de A à Z, de devoir me plier aux exigences de certains photographes divas». Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle s’achète un boitier, quelques objectifs. C’est parti pour le baptême du feu.

Sandra est une instinctive qui sait ce qu’elle veut et qui fait avec les moyens du moment. Les lumières, les flahs, les réflecteurs ? «Je travaille sans, je préfère la lumière du jour». Et Photoshop ? «Je ne suis pas fan des retouches excessives». Ici, sous les hautes fenêtres, la lumière se fait douce, sait caresser les plats sans cramer les «blancs». Une lumière d’atelier de peintre, une lumière d’avant Photoshop, presque idéale.

Ah et puis on a oublié de vous dire qu’elle cuisine aussi parfaitement. Stylisme, cuisine, shooting. En gros, niveau boulot, Sandra maîtrise tout.  Au fil des ans, elle finit par créer son  écosystème et, ce qui n’est pas rien, à placer le curseur des interactions avec les emmerdeurs presque sur le chiffre zéro. Oui, on sait, ça fait rêver.

Avant de passer côté cuisine, nous discutons bouquins. Des siens, de ceux des autres. Chez Marabout, elle enchaîne les livres, découvre des univers gastronomiques, s’adapte aux commandes. Ça donne une jolie rangée d’ouvrages aux noms évocateurs, Made in AmericaUn Dîner à BaliLes Biscuits Cultes.

Nous apprenons qu’en coulisses, loin de nos yeux de grands naïfs, deux écoles de photographes culinaires se sont longtemps affrontées : les naturels et les «petits malins», dirons-nous. Exemple de truc de petit malin : vernir (oui avec du vrai vernis) un poulet rôti pour lui donner un aspect bien craquant. Amusant, l’envers du décors. En tapant sur Google «triche, tips, astuces photo culinaire», on découvrira un monde fardé où il n’est pas rare de passer des heures sur un shooting de burger à déposer délicatement ses parcelles d’oignon à la pince à épiler. Certains emploient les grands moyens en cirant, en «bicarbonatant» et en colorant à tour de bras la nourriture, poussant même le perfectionnisme jusqu’à bichonner au fer à repasser les coins du fromage dépassant d’un burger.

Pas de ça avec Sandra qui prône l’école «naturelle». C’est aussi beau à regarder que bon à manger. «Je trouve ça illogique de cuisiner des plats immangeables». La montée des blogs food n’y est pas pour rien, la multiplication des #foodporn sur Instagram non plus, replaçant le naturel et l’instantanéité dans l’assiette.

La photo culinaire a aussi ses tendances. Instagram, encore lui, est passé par là. L’heure est aux images épurées, virginales. D’autres, au contraire, vont chercher leur inspiration dans la peinture renaissance des natures mortes ou dans le baroque. Photos d’asperges vs clichés de mode : même combat. Les tendances passent, lassent, sont remplacées par d’autres. That’s life.

Petit exercice de calcul mental. Sachant, selon le dicton, que briser du verre blanc porte chance, sachant d’autre part qu’une ou deux étagères dans l’atelier abritent des verres, des pots, des récipients, et des bouteilles jusqu’à plus soif. Sur combien d’années de prospérité peut-on compter en cassant tout chez Sandra ? 800 ans. Minimum. Son atelier est un ravissement des yeux. Une caverne d’alibaba pour instagrameuse compulsive.

On ouvre aussi le frigo (on va s’en priver !). Ça ressemble à quoi le frigo d’une auteur de recettes/styliste/photographe culinaire ? A ça. Des dizaines de trucs très bons enfermés dans des Tupperware qui attendent de jouer les vedettes dans l’assiette.

On farfouille. Sans rien casser, promis. Métier oblige, Sandra a accumulé un nombre impressionnant de plats, verres, déco, trouvailles de brocantes. Du haut de ces étagère, 10 ans d’activité vous contemplent. Elle n’a pas 10 assiettes. Elle en a 100. 200 ? Pas 1 cake Stand. Mais 20. Et ainsi de suite… C’est comme ça, pour tout.

Une autre passion qui prend de la place : les planches, les portes, les vieux volets à la peinture écaillée, que Sandra accumule pour les fonds de ses shootings.  «C’est le bazar», s’excuse-t-elle. Un beau bazar, alors. Chez une styliste culinaire, la nourriture joue au théâtre, alternant les décors, les looks, les histoires.  En cuisine, la nature morte est en pleine forme.

Sur le seuil, nous demandons encore à Sandra comment elle a envisage d’organiser son agenda over booké après l’arrivée de son enfant. Là aussi, la mue se fera en douceur. «C’est encore un nouveau tournant, je m’adapterai». Depuis notre rencontre, Sandra a donné naissance à une petite Lou. Le 15 août précisément. Félicitations et bienvenue, Lou !

Retrouver Sandra sur son site.

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5 commentaires

  1. Noelle PANDRAUD dit :

    Super article. C’est vraiment Sandra…..
    Son atelier est un désordre organisé, une caverne d’Ali Baba.
    Ses recettes sont super et dans ses bouquins on trouve toujours une super idée.

  2. […] Dans le studio d’une photographe et styliste culinaire. Le paradis en somme. […]

  3. Gilles dit :

    Bravo Sandra ! Et merci Linstantparisien pour ce portrait bien mené, tant au clavier qu’en image, félicitations d’un amical confrère 😉

    1. monsieur dit :

      Merci 😉

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