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Noémie Cédille

Paris, le 12 avril 2014, 16H20

Avis de vent frais sur Paname. On s’accroche, ça va décoiffer. D’où vient le vent ? Des terrasses de cafés, des chambrettes louées à prix d’or à de jeunes gens pugnaces, depuis les quais, sur les bancs de l’université, partout et n’importe où, là où se réunit la Génération Y. Vous les imaginez en train de refaire le monde entre deux bières avant de zapper sur autre chose ? Vous n’y êtes pas ! Mais pas du tout. Le monde, ils le font à leur main, sérieusement, à rythme accéléré et sans aucune aimable autorisation. Aujourd’hui, le vent souffle au 5ème étage. La graphiste Noémie Cédille nous y attend sous le soleil, avec des smoothies frais et le premier numéro de Mint Magazine. Quel accueil ! Noémie s’excuse de ne pas avoir eu le temps de faire un gâteau. «Mais j’ai acheté des biscuits». Finalement, on oubliera de les manger. La discussion part tout de suite sur les chapeaux de roue. On sent de bonnes ondes dans le petit home sweet home de Noémie. Room with view, disent les anglais. Sur son balcon, une envie de monter dans les étages vient assez naturellement à l’esprit des visiteurs (en tout cas au nôtre), comme un besoin post-hibernation d’aller chercher la lumière sur les toits. Entre deux photos, on ouvre ses cartons, on lui demande de nous parler de son inspiration, des mondes imaginaires et délicats qu’elle dessine, peuplés de maisons, de châteaux et de signes ésotériques. Qu’y a-t-il dans ce rouleau ? «Des vieux dessins». Tu nous montres ? On adore. Et cette carte du ciel étoilé ? Aussi. Les archives poétiques s’empilent sur le couvre-lit de fourrure. «J’ai aussi fait des essais de poterie».

Noémie nous ferait oublier que ses années d’études à Strasbourg ne sont pas très éloignées. Le temps passe plus vite quand on est illustratrice, directrice artistique, freelance, et «patronne de presse». Mais de ça, reparlons-en sur le balcon. Le travail en agences ? «Non, merci, j’ai essayé et ce n’est pas pour moi». Alors elle pique la tête la première dans le grand bain de l’indépendance. Première rébellion. Et Noémie est cash : ce n’est pas facile tous les jours d’être freelance, de payer un loyer parisien. Quand on est freelance, on travaille beaucoup et très tard. Elle prendra des vacances plus tard, dit-elle.

Depuis un an, Noémie a une vie secrète qui a commencé autour d’une tasse de café avec Déborah, une amie journaliste. Et si on faisait un magazine qui nous plaît vraiment ? Elles jettent leurs idées, le projet prend forme. A une période où «les experts» annoncent la mort du papier, elles choisissent justement d’en sortir un sur papier. Et pas n’importe quel papier. Mint Magazine sera imprimé sur un beau papier. Et il sera gratuit. Et il sera bilingue. Elles veulent accomplir en solo tout ce que leurs clients respectifs ne leur permettent pas. On aime bien ce principe de faire naître quelque chose de la frustration. Les clients n’osent pas ? On va oser pour eux. Seconde rébellion. L’édito de Mint donne le ton : «Créer un magazine aujourd’hui demande de la persévérance. Vos confrères ne parieront pas un sou dessus prétextant que la presse est mal en point, que les gens ne lisent plus ou encore que ce n’est pas le moment d’entreprendre». Donc si la question est : «ont-elles galéré ?». La réponse est oui, oui, et oui !

Il faut monter l’équipe, se choisir un angle edito, se former. Food et Exploration. Voilà l’axe, l’ADN du «bébé». Les collaborations sont gratuites, diront les esprits chagrins ? «Oui, c’est vrai, personne n’a été payé, l’idée est juste de rentrer dans les frais». Pas le choix, c’est le tribut à payer pour construire à partir de rien. C’est là, aussi, que le web prend tout son sens : elles appellent à la collaboration, aux graphistes, aux stylistes, à qui veut mettre la main à la pâte, et voir son nom imprimé sur le magazine. Un vrai collectif, réuni par une envie commune de faire un magazine «bien». Et ça marche. Noémie pense l’esthétique du mag, Déborah cherche les sujets, pousse le pied en travers des portes pour décrocher les interviews. On s’arrête sur le très beau papier consacré au maître maraîcher Asafumi Yamashita. Ce magicien du légume parfait rend fous les chefs étoilés en ne livrant qu’une poignée de ses merveilles par an. Un maraîcher qui dit «non» à Kenzo et au restaurant de l’Assemblée Nationale, ce n’est pas courant. Monsieur Yamashita est un rebelle flamboyant, qui choisit ses clients et non l’inverse. Et voilà que réapparaît le fil rouge que nous recherchons à Paris, ce lien qui court, toutes générations confondues, entre des gens qui se reconnaissent derrière la philosophie du fait ce que tu veux.

Le nerf de la guerre, l’argent. Tout est prêt, écrit, dessiné, mis en page. Il leur faut encore trouver les 8.000 € des frais d’impression et de communication du numéro 1. C’est le crowdfunding, le financement du projet par les internautes sur Kisskissbankbank, qui permettra de sortir Mint Magazine. Eux aussi ont leurs noms imprimés en dernière page. Nous parcourons la liste avec un petit sourire en voyant celui de Lydia, la super traductrice de L’Instant Parisien.

«Les 2.000 exemplaires sont partis en quelques jours», dit Noémie. En route pour le numéro 2, les filles ! «Maintenant, on espère trouver des annonceurs car nous voulons que Mint reste gratuit, en français et en anglais». Nous admirons cette énergie et leur belle volonté d’aller de l’avant coûte que coûte, sans écouter les oiseaux de mauvaise augure. Un grand philosophe (le chanteur Philipe Katerine dans son dernier album Magnum) semble avoir trouvé la formule qui résumera les années 2010 : «Il est trop tard pour avoir peur».

Mint Magazine se découve ici, et Noémie dessine par-là.

2 commentaires

  1. […] puis pour les plus curieux, rendez-vous sur le formidable blog l’Instant Parisien pour découvrir un joli instant passé en compagnie des non moins formidables Laurence et […]

  2. aloÿse dit :

    Cette jeune femme est extrêmement inspirante.

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