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Fonta Fonta : le clan des 7

Quand vous aurez lu ce post, votre vie ne sera plus jamais la même. Il y aura un avant et un après. Adios Mister Powerpoint. Goodbye collègues, stagiaires, managers. On ne vous y reprendra plus. «Plus jamais», vous entendrez-vous jurer à la cantonade, «plus jamais mes semelles ne fouleront les moquettes sombres des open spaces». Vous étiez nés pour vivre nus pieds dans un atelier d’artistes, taillés dans ce bois précieux dont sont faits les gens qui claquent leurs dém’ sur un coup de tête, qui montent leurs boîtes comme ça, qui se lancent dans le coworking entourés d’autres aventuriers comme eux, comme vous. Folie !

Ne vous laissez pas (trop) griser par notre rencontre d’aujourd’hui. Car ce n’est qu’un post de blog. Et on n’update pas sa vie à cause d’un post de blog. Cet avertissement en poche, on peut pousser sereinement la porte des Fonta Fonta.

Une planche de skate contre un mur et un bombe de peinture en haut d’une étagère. On pourrait s’attendre à tomber sur un nid de street addicts ambiance 3B (Bonhomme, Bière et Béton). Pas du tout. Ils seraient même minoritaires ici, les hommes. 4 filles, 3 gars. Justement, les filles prennent l’air devant l’atelier. La cour, pavée et joliment fleurie, est déjà un appel à démissionner de son CDI. Ah mince, c’est vrai qu’on a dit qu’il fallait être responsable et adulte, gardons la tête sur les épaules.

Pour l’ambiance, c’est l’été en pente douce ce dimanche à Paris, mi-figue mi-raisin. Un temps à attendre le retour du ciel bleu et à partager un goûter copieux avec les Fonta Fonta. «Fonta» parce que rue de Fontarabie dans le 20ème arrondissement. Et parce qu’ils sont sept, tous présents à l’appel (Léa, Agathe, Florian, Ella, Florent, Lisa et Pablo – on reprend notre souffle) et que sept «Fonta» à la suite, ça faisait un peu long sur une carte de visite.

Où sommes-nous ? Au rez-de-chaussée d’une petite maison sur cour transformé par un groupe de créatifs en lieu de travail. Atelier, studio, QG, seconde maison ? Un peu tout ça à la fois. Mais on vous entend penser tout haut, vaguement moqueur (vaguement jaloux ?), «super, voilà qu’on nous ressert la communauté hippie, bonjour le cliché». Justement. Pile dans le mille. Un parfum sucré de flower power est resté accroché à la branche de glycine peinte par le grand-père de Léa sur les murs de la cuisine. Hein, le grand-père de Léa fait partie des Fonta Fonta ?! Non, mais la maison oui.

En écoutant la joyeuse équipe nous parler de leur maison, on comprend vite qu’elle est le huitième membre de la bande. Un membre à part entière. Après avoir successivement abrité une imprimerie, puis au XIXème une fabrique de couronnes mortuaires pour cause de proximité avec le cimetière du Père Lachaise, la maison fut habitée par la famille de Léa. Et dans les seventies, on était hippie chez les Léa. Et pas pour rigoler. On ressort l’album de famille.

On plonge, la tête la première, quarante ans en arrière dans un Paris psychédélique qu’on imagine sur son petite nuage, sourire extatique derrière les fumeroles, à la cool. «A cette époque-là, la cour était de toutes les couleurs, il y a avait des dessins sur les murs». Sur les photos de l’album, des couleurs, du jaune citron, une fresque baba. Les copropriétés et les réunions de syndic étaient plus compréhensives (soupirs). Léa tourne les pages de son album photos. L’ultime souvenir de cette parenthèse enchantée indique «dernière photo avant remise en blanc». Fin du Paris Hippie Time. Début du politiquement correct. Début de la fin (re-soupirs).

Il y a de l’ébullition chez les Fonta. L’énergie circule, on parle vite, on se répond, on se coupe la parole avant de la redonner à qui veut, c’est du ping-pong autour de la table où nous sommes assis pour goûter (festoyer) et faire connaissance. «On mange beaucoup, souvent, on ne se coordonne pas pour la pause dej’, chacun cuisine son truc et on se retrouve naturellement à manger avec les uns ou les autres. Ou tous ensemble». Le soir est régulièrement un moment de debrief entre amis, entre d’amis d’amis. La Fonta Family est une famille élargie. Quelqu’un évoque le désastre d’un fondant au chocolat ressemblant à une flaque de mazout au fond de son plat émaillé.
– Il y a du chocolat à l’intérieur ?
– Oui.
– Alors, ce sera parfait.

L’aventure a commencé il y a quelques mois, quand la famille de Léa libère le rez-de-chaussée. L’esprit de communauté sera la loi de tous. Comme dans une vraie coloc, il est question d’arrangements, de discussions, de négociations diplomatiques. Léa ne voulait pas qu’on touche à la glycine peinte de la cuisine. Réaction des coloc : fou rire. Réaction de Léa : c’est non négociable.

Photographes, scénographes, designers, musiciens, graphistes,… Les Fonta ne sont pas un collectif mais un «studio de travail». Chacun développe sa propre activité en toute indépendance dans son petit cocon dans l’une ou l’autre des pièces de la maison. Ici, l’émulation collective sert à merveille les individualités et les talents. On est vraiment désolés (tu parles) pour les multinationales, mais une nouvelle cartographie du monde du travail est en train de se dessiner chez les créatifs, à l’abri des regards. Bienvenu dans le monde des slashers. Ce nouveau mot, pas très flatteur à l’oreille, désigne ceux qui ont choisi, plutôt que de s’enliser chez un seul employeur, de cumuler les jobs, d’avoir deux ou trois vies en même temps, des rajouter des / (slashs) à leurs CV. Quitte à travailler comme des dingues. On reconnaît les slashers à leurs cernes (et on sait de quoi on parle). «La start-up, c’est nous», pourraient dire les slashers. La valeur travail comme valeur refuge ? Croisons les doigts.

Petit tour d’horizon du «qui fait quoi». A trois pas de la cuisine, Agathe et Flo(rian), couple à la ville comme à la scène, collectionneurs de slashs : architecte/directeur artisitique /musicien/photographe. Rajoutons aussi collectionneurs d’appareil Polaroïd en parfait état de marche.

Chez Fonta Fonta, Agathe et Florian sont le duo de photographes qui ne shootent qu’à l’argentique ou au pola. Ils signent à quatre mains sous le nom d’Izberg. On aime beaucoup leurs images. Elles semblent extraites d’un long métrage un peu inquiétant, où les silhouettes sont des figurants et tout le reste des décors à la géométrie étudiée. Chez Izberg comme chez Lynch ou Hopper, la vie est une fiction : 10% émergée, 90% sous la surface des choses. Ils savent aussi photographier les lévriers mieux que personne.

Et les synthés, les claviers, les micros ? Quand Florian a du temps (!) il compose sous le label Mini Golf. On ne doit pas se coucher très tôt par ici.

Inventaire à la Prévert de l’atelier : des gommes multicolores, des bombes de peinture, un meuble de métier, des bureaux, une belle chaise, une encore plus belle suspension, un parquet peint comme dans une image Pinterest, des dessins et des projets aux murs, une silhouette 3D de Florent… Pour le moment Florent n’est menacé par aucun dinosaure, il se prépare calmement à descendre à la cave, et nous l’y rejoindrons plus tard.

Une question que nous n’avons pas posée : avez-vous rangé vos bureaux sépcialement pour nous ? Si oui, c’est parfait. Si non, il faut vraiment qu’on se reprenne en mains sur la question du rangement de notre propre bureau. Par ordre d’apparition à l’image : Léa coiffeuse, Ella rêveuse, Lisa tamponneuse. On arrive.

Léa Baert c’est la fille de la maison, l’héritière des hippies qui a sauvé la glycine de la cuisine. Scénographe, experte en matières et en détournement, elle travaille actuellement, et entre autre chose, sur le Bulgomme. On est heureux pour tous les dessous de nappe caoutchoutés de France qui dorment depuis des générations sur les tables de bois : vous avez une petite chance, les gars, d’avoir une autre vie. Avec Léa, question forme et destination, rien n’est acquis, tout peut se détourner, se recomposer.

On aimerait bien discuter plus longtemps avec cette designeuse d’objets singuliers et singulière mais le temps tourne et Ella nous attend pour parler chiffons (de soie).

Ella de Suprême Bonton, bonjour. Fraîchement diplômée, elle s’est lancée en solo dans la création d’une ligne de foulards en soie. Au cours de la conversation, nous apprenons que l’impression numérique rime ici avec qualité (et quelle qualité !). La maison qui fournit la soie des carrés de cette jeune marque compte parmi ses clients l’un des grands noms du luxe français. Mais pas de name dropping ici, même si ça peut impressionner le lecteur. Ella sort de ses tiroirs ses carnets de tendances, ses sources d’inspiration, ses dessins où coloris et détails raffinés modernisent cet éternel basique de la garde-robe chic.

Ella est aussi en couple avec l’un des Fonta. Pas Florian, puisque celui-ci est occupé à photographier avec Agathe des lévriers en majesté, ni Pablo qui est le compagnon de Lisa (oui, faut suivre), mais Florent «l’homme qui nous attend calmement dans son coin avant de descendre à la cave».

Et de trois ! Super groupe compose le dernier couple des Fonta. Pablo et Lisa se définissent eux-mêmes comme des graphistes touche-à-tout. Illustrations, costumes, photographies mais aussi installations. Cet après-midi, on va se salir les mains et retomber en enfance en tamponnant de concert. Là, chers lecteurs, vous ne réagissez pas ? Parce que vous pensez vraiment que les tampons sont une activité de centres aérés ? Allez en toucher deux mots aux Tampographe Sardon, vous ne serez pas déçus du voyage.

Super Groupe sort de ses réserves une grande affiche et un lot de tampons aux motifs «grand ouest américain». Cactus, indiens, cowboys et de l’encre rouge en quantité pour tenir jusqu’à minuit. Très tentant. Soucieux de libérer l’énergie créative qui sommeille en chacun de nous, Pablo et Lisa invitent leur public à tamponner. Certains tamponnent discrètement l’affiche, d’autres la recouvrent. «C’est intéressant de voir comment les gens s’expriment, ou osent s’exprimer quand on les laisse faire». On aimerait bien tamponner comme des machines-outils mais ce serait oublier que le très calme et très patient Florent nous attend depuis des lustres. La cave, c’est par où ?

Avant de descendre dans la crypte de Florent, Léa nous confie un secret de famille. A la grande époque, quand les murs de la cour étaient encore recouverts de dessins, la cave servait à une thérapie de groupe où l’activité principale consistait à… hurler à la mort. Allons voir ça.

Florent, c’est Florent Tanet. Si vous avez ouvert un magazine ou une revue ces six derniers mois, il y a des chances que vous ayez croisé l’une de ses images. Nous parlons de son travail, des dernières commandes, de cette série très originale de sandwichs que Florent vient tout juste de photographier pour le magazine M du Monde et qui paraîtra dans les numéros de l’été. Le Monde. C’est impressionnant. Comme le soin méticuleux qu’il prend à organiser ses lumières, à casser les ombres ou à les souligner. Florent est un maniaque, un précis, un obstiné de l’effet parfait.

Sorties d’un carton, des petites plaques de matière plastique, qui servent normalement à fabriquer des montures de lunettes, feront de beaux supports pour une prochaine série. Les photographes de chez Fonta Fonta parlent de nettoyer la cave, d’en faire un vrai studio. Pour l’heure, l’endroit rappelle les caves des résistants pendant l’occupation ce qui est une métaphore qui a du sens. Nous sommes convaincus que les slashers et les indépendants que nous rencontrons chaque semaine, sont des résistants qui n’ont pas abdiqué, qui sont restés abrasifs malgré les coups de lime incessants du triumvirat finance-marketing-publicité.

Avant de partir, on ne boude pas notre plaisir de cette rencontre. On se promet aussi de se revoir. «Vous pouvez passer quand vous voulez, nous dit Ella, même pour faire pipi si vous êtes en balade dans le quartier». Les Fonta Fonta, ils sont super.

Pour retrouver l’actualité du studio c’est ici. Et par là pour : Izberg. Super Groupe. Suprême Bonton. Léa Baert. Florent Tanet.

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9 commentaires

  1. Audrey dit :

    Superbe post qui me permet de découvrir l’univers magique de Fonta Fonta! Trop hâte de visiter Agathe :)

  2. Ama dit :

    Wouah wouah wouah!

  3. brig't dit :

    Font’à belle visite ! L’accueil, et son rendu, laisse à merveille deviner l’effervescence joyeuse studieuse curieuse, pétillante, … du lieu et de l’équipe! Fonta, longue vie fertile !

  4. Mzelle-Fraise dit :

    Wouahou ! Ça balance du rêve et de l’énergie ! Quel groupe :)

  5. Ca laisse rêveur de passer le pas de la porte de Fonta Fonta!
    Belle équipe bourrée de talent et le lieu… CA-NON!

    1. monsieur dit :

      C’est un endroit terriblement séduisant !

  6. Viou dit :

    Oh ! Les copains ! C’est parfaitement ça, parfaitement eux !

    Enfin, je connais surtout Agathe, Flo et Ella mais tout ce qui est dit là est très vrai. C’est un petit gang de l’amour et il se sont créé leur cocon entre gens sympas, havre de paix et de créativité.

    Vive Fonta Fonta !

    1. monsieur dit :

      Oui, vive Fonta Fonta !

  7. […] L’Instant Parisien nous emmène cette fois dans un monde d’indépendance et de créativi… […]

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