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Chacun trouve son chat

Paris, le 27 avril 2014, 10h10.

«Il n’y a pas de chat ordinaire». Si c’est l’écrivain Colette qui le dit, on peut lui faire confiance. Ce sont deux autres expertes du mystère félin avec lesquelles nous allons partager un petit café matinal du côté du jardin du Luxembourg autour du livre «Chats parisiens» qu’elles viennent d’éditer chez Flammarion. Mettons les choses au clair, nous ne sommes pas venus papoter avec deux dames à chat gaga des matous. The New York Times, The Guardian, Le Monde, Newsweek… Leurs cartes de visite impressionnent. Olivia est une journaliste d’expérience et Nadia, quand elle ne se lance pas à corps (presque) perdu dans le safari photo du matou dans son milieu (presque) naturel, couvre des zones de conflits. Bref, le chat ici, c’est du sérieux. Amateur de lol-cat, circulez !

En poussant la porte du Rostand, on cherche des yeux nos trois drôles de dames. Olivia et Nadia nous accueillent avec un grand et chaleureux sourire. Pas de trace, par contre, de Roxane, promue starlette du quartier depuis qu’elle a joué les cover-girls pour le livre. Serait-elle devenue bégueule ? Nadia plisse des yeux malicieux derrière ses petites lunettes et nous confie un secret professionnel : le matin très tôt, Roxane se pose sur une table et regarde la rue. Garçon, quatre cafés, s’il vous plaît.

Alors, ça commence comment l’aventure de «Chats parisiens» ? Par un dîner et une envie commune d’écrire un livre à deux. Pour Olivia, les chats sont des compagnons quotidiens. Quand on vit rue des Thermopyles, c’est un peu un exercice obligé. Nadia, en matière de chat, est une grande débutante. «Je couvre d’habitude des sujets très sérieux donc dans mon entourage, quand je leur faisais deviner le thème du bouquin sur lequel je travaillais, c’était très marrant de voir les réactions».  Elle est comment Roxane ? Jeune et très gentille. Soit, mais là, la très gentille co-gérante du café Le Rostand dort tout au fond sur une banquette. Quelque chose nous dit que notre instant parisien sera sportif.

L’odyssée parisienne féline fut-elle homérique ? Un peu parfois, comme ce matou qui a demandé à Nadia 10 heures d’acrobaties derrière son appareil photo. Les deux meilleures amies des chats de Paname ont parcouru la ville à la recherche de ses plus beaux spécimens, chasseurs de souris dans les restaurants, les musées, les palaces, les petites librairies et les esta«minets» de tout poil.

Elles démarrent le bouquin en rencontrant les chats qu’elles connaissent. Puis très vite, le réseau des «amoureux des chats» s’active. Tel chat renvoie vers tel autre. Leur enquête les mène dans un café de Saint-Germain, au fond d’un atelier de sculpteur, au restaurant le mini palais où un espiègle chat noir nommé Narcisse a pris l’habitude, peu catholique mais très républicaine, de se lover sur les genoux des politiciens venus déjeuner à deux pas de leurs ministères.

On les rencarde, au fur et à mesure, sur les félins parisiens dignes d’être immortalisés. Chaque chat a sa particularité, son anecdote. Souvenez-nous qu’il n’y a pas de chat ordinaire. Voici, Zwicky qui loge chez Fleux, une boutique de design du Marais, où môssieur fait ses griffes sur un fauteuil à 800 euros sous l’oeil attendri des propriétaires. Et Milou, dictateur au Carillon, un troquet du canal Saint-Martin, qui exige ses tranches de jambon chaque matin. Ou encore Pilou, en majesté page 56, le chat d’un magasin de poupées de collection, qui adore se faire les canines sur les petites bottes 1800 des poupées ou, quand l’occasion se présente, se taper en catimini un petit mâchouillage de perruques. «C’est fou, ce que les propriétaires des félins acceptent par amour», remarque Nadia. Olivia surenchérit, «chez les anglo-saxons, on dit que le chien a un maître et le chat un sujet ! » (rires).

Et au final, chassent-ils vraiment les souris ? Au début, oui, et puis le succès et l’âge aidant certains se transforment en véritables pachas ne pointant leurs moustaches que lorsque ça leur chante. «Il paraît que rien qu’à l’odeur du chat, les souris fuient». Vu comme ça, c’est un job peinard. Les restaurants, c’est la bonne planque. Devenu le chouchou des clients, l’animal est indéboulonnable. Un certain chat parisien est tellement fort à ce jeu qu’il reçoit régulièrement des cadeaux (comestibles) expédiés depuis les Etats-Unis par une fan énamourée. Les chats sont balaises.

Nadia qui ne connait pas les chats, apprend à vitesse grand V sur chaque shooting (en prenant quelques coups de griffes parfois au passage). Quand c’est pas le moment, c’est pas le moment. Mais quand ces messieurs-dames sont de bonne composition, ça donne des clichés poétiques et une féroce envie d’entamer «un cat tour» de Paris. Nadia a fait preuve de beaucoup de patience (bravo). «Il a fallu s’adapter à leurs emplois du temps, pendant la préparation du livre certains chats étaient dans leurs maisons de campagne». Des divas, on vous dit.

Le moment est venu de passer à l’action ! Roxane à nous deux, ou plutôt à nous cinq. Nous nous déployons dans le café en mode furtif pour traquer la bête sous le regard amusé de quelques touristes allemands et de gens de l’édition habitués des lieux. Le sol est propre : à plat ventre sur la mosaïque. Là, sous une banquette, deux grands yeux verts dans la pénombre, pupilles excessivement dilatées, qui semblent dire : ok, ok, c’est qui ces dingues ? Restons calme, restons cachée.

Le jeu du chat et de la souris commence. Hop, je saute ici. Hop, je disparais là. On fonce, elle prend peur. Une phrase d’Olivia nous glace les sangs : «si elle part se cacher dans le débarras, c’est foutu». Guy de Maupassant a la bonne formule : «les chats c’est comme le papier, ça se froisse très vite». Heureusement, Olivia, peut-être dresseuse de chat à ses heures perdues, a LA solution au fond de sa poche. Un petit bout de ficelle agité énergiquement et, d’un coup un seul, la diva redevient une gamine qui se déchaîne sur les chaises en osier avec la bénédiction de Jean-Pierre, le patron du Rostand. Ah, elle est belle quand même la vie de chat parisien !

Le livre « Chats parisiens » se déguste ici (traduit également en anglais).

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4 commentaires

  1. […] Cet instant parisien sur les chats de Paris, les chats des cafés et alentours m’a beaucoup pl… […]

  2. Très bel article.
    Le livre est superbe et je le conseille à tous les amoureux des chats, le petit plus, la balade à travers tous ces petits coins parisiens que j’adore.

  3. Mireille dit :

    J’ai suivi le lien de Danielle et je suis venue faire un tour ici.
    Un vrai régal.
    Merci

  4. Fanny dit :

    Merci pour ce délicieux article!
    Un autre chat sympathique qui hante un café Parisien: Tequila, le scottish fold gris du Café M, au carrefour Maubeuge/Fbg Montmartre/Chat-eaudun.
    Maow!

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